Voici un sujet bien délicat et malheureusement assez fréquent, pour lequel on me pose régulièrement des questions : le stress et la constipation des enfants. Voir son petit ou sa petite en souffrance pour un acte aussi nécessaire et fréquent que le passage aux toilettes peut vite tourner à l’angoisse pour les parents et pour l’enfant.

J’ai moi-même traversé cette épreuve avec l’un de mes garçons, qui s’est retenu parfois jusqu’à 10 jours d’affilée, de ses 18 mois jusqu’à ses 4 ans. Dans notre cas, le corps médical était conciliant mais avait très peu d’outils à nous proposer pour l’amélioration de cette situation.

Je vous partage donc le fruit de nos recherches, et ce que nous avons testé avec notre garçon. En espérant que cela puisse vous aider. ✨

Comprendre pour accompagner la constipation avec douceur

Parmi les élements essentiels qui nous ont permis de mieux accompagner notre enfant, il y a déjà la compréhension de la croissance d’un enfant entre 0 et 6 ans. Pourquoi ? simplement pour savoir faire la distinction entre ce qui est normal et ne nécessite pas d’intervention, ce qui est de l’ordre du déséquilibre, et ce qui est de l’ordre de la pathologie.

Parce que quand son enfant ne va pas à la selle, quand il se retient, quand il pleure aux toilettes ou se met à refuser le pot, on sent bien que ce n’est pas « juste mécanique« . Mais comme on manque de solutions pour le soulager, la sensation d’impuissance ou d’échec (ou les deux!) en tant que parent peut être très douloureuse.

La bonne nouvelle, c’est que dans l’immense majorité des cas, la constipation de votre enfant n’est ni grave, ni définitive. Mais elle demande de la compréhension, du temps, et parfois un changement de regard et d’habitudes.

Avant de chercher à « faire sortir », il faut comprendre comment le système digestif de l’enfant se construit, et pourquoi, parfois, il se met en mode protection.

Le système digestif de l’enfant : une construction progressive

On imagine souvent que le tube digestif est “fonctionnel” dès la naissance. En réalité, il est opérationnel, mais immature.

Chez le jeune enfant, la digestion est un chantier en évolution permanente jusqu’à l’âge de 5 – 6 ans.

La croissance du tube digestif de l’enfant

Le bébé naît avec un tube digestif anatomiquement formé, mais un microbiote quasi inexistant, une motricité intestinale encore désorganisée, et un système nerveux digestif en cours de maturation.

Le tube digestif de l’enfant est adapté à sa taille. Il grandit avec lui.

Au fur et à mesure des pousses de croissance, celui-ci va s’allonger, s’épaissir, se muscler, et il va affiner sa coordination nerveuse. Cette croissance est intercalée avec la croissance osseuse et de la maturation nerveuse. Autrement dit : votre enfant fait grandir soit ses os (et muscles), soit son système digestif, soit son système nerveux.

Que se passe-t-il lorsqu’on allonge un tuyau dans un espace fermé ? Il fait des plis, et des replis. Ces phases d’allongement génèrent une inflammation naturelle, et un ralentissement mécanique des selles naturel lui aussi.

La motricité intestinale (les contractions qui font avancer les selles) n’est pas encore parfaitement synchronisée. Résultat, le transit peut être lent, les selles peuvent sécher dans le côlon, et l’émission peut devenir inconfortable.

Et quand une selle fait mal une fois… le corps apprend très vite à éviter !

Installation du microbiote, une étape tout en délicatesse

Le microbiote intestinal joue un rôle central dans la digestion, la consistance des selles, la motricité intestinale, la perception de la douleur, et la relation intestin–cerveau.

Il se met en place principalement :

  • lors de l’accouchement (voie basse ou césarienne déterminent des profils microbiotiques différents),
  • via l’allaitement (héritage du patrimoine microbiotique de la mère) ou le lait infantile dans une moindre mesure,
  • par les contacts avec l’environnement (quand il suçotte ses jouets, des cailloux, quand il mange du sable…),
  • par l’alimentation lors de la diversification.

Entre 0 et 3 ans, le microbiote est très instable, malléable, sensible. C’est également souvent la période des vaccins et des maladies infantilles qui peuvent générer des prises d’antibiotiques, ce qui soutient l’immunité à court terme, mais ralentis la construction d’un microbiote équilibré. Le profil microbiotique de l’enfant atteint une relative maturité vers 5–6 ans.

Concrètement, cela signifie qu’un enfant peut alterner des épisodes de selles dures / normales, et des phases de constipation sans que cela ne soit anormal.

La question se pose dans l’accompagnement lorsque ces problématiques sont réccurentes, lorsque le rythme des selles dépasse 1 fois tous les 2 à 3 jours, et surtout lorsqu’il y a un enjeux émotionnel (peur de la douleur) qui amplifie le phénomène.


Quand la douleur crée la peur : le début du cercle vicieux

Chez beaucoup d’enfants constipés, tout commence par une selle douloureuse.

Une fois.
Puis deux.

Le petit associe alors : « Faire caca = douleur »

À partir de là, il peut se retenir volontairement, contracter les fesses, refuser le pot ou les toilettes, demander une couche alors qu’il est propre, se mettre en hypercontrôle corporel. C’est tout ce que notre garçon a fait.

Le paradoxe émotionnel est cruel car plus notre enfant se retient, plus les selles se durcissent, grossissent et plus l’évacuation est douloureuse. Et c’est impossible de faire accepter le franchissement de la douleur à un tout petit, alors que tout son être essaie de l’éviter malgré lui. Il n’a pas encore la maturité nécessaire à la maitrise des émotions par la raison. Il peut comprendre ce que vous lui expliquez, mais il restera dominé par sa peur à l’instant fatidique.

👉 La constipation devient alors fonctionnelle ET émotionnelle.

La constipation n’est pas un caprice, c’est un réflexe instinctif

Le système digestif est étroitement lié au système nerveux autonome. Pour digérer et éliminer, le corps a besoin de détente, de sécurité, d’un système nerveux parasympathique actif. Tout l’inverse d’un enfant qui a peur et qui bloque inconsciemment l’évacuation.

Ce n’est ni un caprice,
ni un refus d’obéir,
ni un problème d’éducation.

C’est une réponse de protection réflexe et instinctive. Elle dépasse la capacité de l’enfant à se gérer lui-même émotionnellement.

La bonne réaction en tant que parent

En tant que parent, quand la constipation s’installe, la tentation est grande de mettre la pression, de multiplier les rappels, de surveiller obsessionnellement les selles, et d’insister pour « faire caca maintenant ». Le sentiment d’impuissance face à la situation nous met nous aussi dans une situation émotionnelle délicate. Parce qu’il n’y a rien de pire que de voir son enfant souffrir et de ne rien pouvoir faire pour l’aider.

Ce stress, il est totalement perceptible par notre enfant. Et il vient s’ajouter à son stress à lui. Pour un enfant anxieux ou douloureux, cela augmente sa vigilance, renforce sa peur, et rigidifie encore plus son corps. Plus on force, plus le système se crispe. On va donc plutôt chercher à aider l’enfant à construire sa confiance en lui dans le fait qu’il est capable de surmonter l’événement.


Que faire concrètement en cas de constipation ?

Voici l’ensemble des dynamiques que nous avons mises en place pour notre garçon.

Comprenez qu’il n’y a pas de solution miracle. Il y a un ensemble de facteurs qui vont l’aider à grandir, dans son corps et dans sa tête. Et le travail se fait sur vous autant que sur lui.

La liste des solutions n’est certainement pas exhaustive. Ce sont des choses à tester avec votre enfant, et à mettre en place au quotidien de manière croisée.

1. Restaurer un climat de sécurité

Avant toute chose, il est important de dédramatiser et de sortir du rapport de force. Pour que votre enfant mette toutes ses ressources sur le dépassement de son épreuve, il faut alléger l’enjeux.

Nous avons réussi à mettre en place une véritable coopération avec notre garçon en lui faisant comprendre que son corps était en train d’apprendre à faire caca. Voici ce que nous lui avons dit (et nous avons vraiment pensé) :

“Ton corps apprend. On va l’aider tranquillement.”

Nous avons pris l’exemple de sa progression sur la propreté pour l’encourager : « Au début tu n’arrivais pas à contrôler ton zizi pour faire pipi, mais maintenant ton zizi est super fort. C’est ton cucul qui apprend aussi à faire caca. Chacun son tour ! Il est très fort aussi, il va y arriver. Il faut juste qu’il s’entraine. « 

C’est important de mettre des mots simples. Même très jeune, un enfant comprend :

  • “Ton ventre s’est souvenu que ça faisait mal.”
  • “Maintenant, il se protège.”
  • “On va lui montrer que ça peut aller doucement.”

Cela restaure un sentiment de contrôle interne, très apaisant.

2. Ritualiser en détournant l’attention

Les intestins aiment la régularité, mais pas la contrainte. Et lorsque l’enfant a peur, il a tendance à écourter le temps au toilettes plutôt que de laisser le corps faire son travail.

Nous lui avons proposé des moments de passage aux toilettes fixes, tout en lui proposant des activités pour détourner son attention du problème. Voici quelques exemples :

  • s’asseoir sur le pot après un repas (réflexe gastro-colique),
  • s’asseoir sur le pot après un bain (la chaleur détend les muscles et favorise le nerf vague)
  • lire une histoire,
  • chanter,
  • poser les pieds bien à plat ou sur un petit tabouret,
  • raconter ses moments préférés de la journée …

Et si la douleur vient, un gros câlin !

Ca n’est pas sexy un câlin sur les toilettes, mais c’est très rassurant pour l’enfant. C’est une présence douce, stable et qui transmet de la force. Et n’oubliez surtout pas : Même s’il ne se passe rien, le rituel compte. La phrase magique : « C’est pas grave s’il n’y a pas de caca, l’important c’est d’essayer ! »

Et évidement, chaque caca réussi est une célébration !! 🎉

3. Adapter l’alimentation avec :

Une hydratation adaptée 💦

Un enfant constipé a souvent une hydratation insuffisante ou mal répartie dans la journée. Plusieurs solutions sont possibles : proposer de petites gorgées régulières, des eaux peu minéralisées ou magnésiennes type Hépar, Prince Noir ou Saint Amont, des soupes, compotes, fruits riches en eau.

Alimentation : enrigchir en fibres, sans en faire trop 🥬

Contrairement aux idées reçues, trop de fibres mal tolérées peut aggraver la constipation. Dans son alimentation, nous avons privilégié des légumes cuits, des compotes tièdes, des matières grasses de qualité (huile d’olive, beurre), et des aliments simples et rassurants.

Les champions chez nous ont été :

  • Les pruneaux, compote de pruneaux, jus de pruneaux
  • Le psyllium blond : hydrater 1 c. café dans un verre d’eau et à boire. Si l’enfant n’aime pas le goût, il est possible de mélanger le psyllium à une compote, et de lui faire boire un grand verre d’eau à côté.
  • Les lentilles vertes et noires (trempées avant cuisson) préparées en salade ou en soupe (comme les dahls)
  • Les haricots verts, à la poëlle ou en purée avec des pommes de terre bien cuites
  • Les olives vertes (très riches en huile)
  • Les pommes (et les fruits d’une manière générale)

Nous avons surveillé de près ses réactions au gluten et au lait de vache sans les supprimer de son alimentation. Pour nous, l’équilibre résite dans la diversification alimentaire : lui faire découvrir d’autres types de pâtes (des pâtes complètes, les pâtes sans gluten, les crones…) et d’autres types de céréales (avoine, sarasin, quinoa, millet…); lui faire découvrir d’autres types de yaourt (brebis, chèvre) et d’autres types de laits (végétaux notamment). Tous les possibles existes dans son quotidien et il n’y a pas de privation.

D’une manière générale, l’important c’est qu’il ou elle mange des légumes. Trouvez le format qui plait le plus à votre enfant (purée, soupe, sauce, cru en grignotage …) et intégrez-le dans son quotidien.

Soutenir l’acidité de l’estomac 🍋

Nous avons également pu remarquer un léger manque d’acidité gastrique. L’acidité de l’estomac permet notamment d’enclencher le péristaltisme intestinal (le fait que les aliments avancent dans les intestins.) Nous avons mis à sa disposition du jus de citron (Pulco sans sucres) et en cas de blocage très prononcé ; un petit verre de Coca cola avant le repas (Ne me jugez pas 🫣 L’acidité du coca fait des merveilles dans certains cas. Chez nous il est utilisé comme un « médicament »).

4. Soutien du microbiote (avec mesure)

Selon l’âge et le contexte des probiotiques doux et adaptés à l’enfant peuvent l’aider à équilibrer son système digestif. Vous avez les laboratoires BioGaïa, Bromatech, PediaKid, qui font d’excellentes formualtions pour les tout petits.

N’oubliez pas que pour les adultes comme pour les enfants, le microbiote se reconstruit dans un climat de sécurité, pas sous contrainte. L’introduction doit être progressive, et c’est long car c’est un travail de terrain. Ca n’est jamais une « solution miracle ».

5. L’importance du toucher et du mouvement

Le ventre est un territoire sensible. Et la sécurisation émotionnelle d’un petit passe énormément par le toucher. Nous avons trouvé deux choses à faire qui ont bien fonctionné pour notre garçon :

👋 Le massage abdominal doux : dans le sens des aiguilles d’une montre, lent, accompagné de la respiration et avec 1 goutte d’huile essentielle de Camomille romaine (Chamaemelum nobile) dans 5 gouttes d’huile végétale de calendula. Quelque soit l’âge de votre enfant, l’HE est globalement très bien tolérée. Il faudra bien vérifier en appliquant quelques heures avant le massage une goutte du mélange dans le creux du coude de votre enfant, pour vérifier si c’est ok pour lui. Chez nous le massage avait lieu tous les jours, au moment du coucher. Les Huiles étaient utilisées 2 à 3 fois par semaine.

🐸 Le mouvement : marcher, sauter, jouer accroupi, ramper… Le mouvement relance la motricité intestinale sans pression mentale. Nous avions notamment créé le jeu de la grenouille (en position accroupie, les mains par terre entre les jambes : faire la course avec lui en faisant des sauts de grenouille.) Une fois de plus, le jeu détourne l’attention, et souvent la position accroupie débloque mécaniquement les selles.

6. Apaiser le système nerveux de l’enfant… et le vôtre !

Je le redis encore une fois, mais un point essentiel, souvent oublié : les enfants sentent l’état nerveux de leurs parents.

Si vous êtes inquiet, tendu, focalisé sur les selles, votre petit le perçevra immédiatement. Souvent, accompagner la constipation de l’enfant passe aussi par le fait de relâcher la pression parentale, sortir du contrôle et accepter le fait que le vivant nécessite des temps d’adaptation.

Ayez confiance en vous.

Et surtout, ayez confiance en votre enfant.

En comprenant comment le système digestif se construit,
en respectant le rythme de votre enfant,
et en apaisant le lien au corps,
on permet au transit de se relancer sans violence.

Après beaucoup de câlins, d’histoires « qui puent », et de rigolades, notre garçon a réussi à réguler son transit et est encore très fier de nous anoncer chaque fois la Victoire du Caca ! (la célébration improbable 🤪💩)

En espérant que ce partage pourra vous donner des pistes de résolution,

Vous avez tout mon soutient et je vous souhaite bon courage. ✨

Si vous ressentez le besoin d’être accompagné et soutenu dans cette épreuve, n’hésitez pas à me contacter.

Prenez soin de vous

Ambre V.

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